27 oct. 2026
Entre kiiz et neho, une guéguerre entre agences immobilières low cost
Kiiz a sommé neho de retirer ses slogans «Meilleure offre du marché» et «Frais minimums», jugés trompeurs. Ces courtiers immobiliers au forfait se disputent un marché en baisse où afficher les tarifs les plus bas reste un argument clé.
De quoi s’agit-il?
Cette histoire pourrait s’intituler «Ce n’est pas toi le moins cher, c’est moi!». Une agence immobilière lausannoise au forfait, kiiz, a récemment menacé son concurrent, neho, de saisir la justice si ce dernier ne retirait pas la mention «Meilleure offre du marché» de ses campagnes marketing, a appris Le Temps. Ces courtiers en immobilier facturent des montants fixes, déterminés à l’avance, plutôt qu’un pourcentage du prix de vente typiquement compris entre 2 et 3%. Offrir les tarifs les plus bas constitue donc un sérieux argument de vente, propice à provoquer des étincelles dans un contexte où le nombre de transactions tend à reculer.
C’est une mise en demeure en bonne et due forme qu’a envoyée fin septembre l’avocate de Kiiz à PropTech Partners, la société détenant Neho. En cause, le slogan «Meilleure offre du marché», accompagné d’une petite médaille, et celui de «Frais minimums» sur le site internet de l’entreprise ou dans ses affiches publicitaires visibles en Suisse romande. L’avocate demandait alors à Neho de retirer ces mentions dans les dix jours, invoquant la loi fédérale sur la concurrence déloyale, qui interdit de fournir des indications inexactes ou fallacieuses, ou de comparer des prestations de façon erronée.
De 9'500 à 25'000 francs
«Neho s’est fait une place sur le marché en cassant les prix, mais à force d’augmentations, ils sont devenus pratiquement aussi chers que les courtiers traditionnels. Prétendre proposer la «meilleure offre» relevait ainsi d’une campagne de désinformation visant à tromper les propriétaires. Je suis intervenu pour faire cesser ces méthodes et rétablir une concurrence saine», explique Marc Comina, cofondateur et président de kiiz, lancée en 2018 à Lausanne et comptant une douzaine de collaborateurs.
En toile de fond, on trouve une guerre des chiffres sur ce marché où les prestations offertes sont très similaires. Avec, du côté de neho, des forfaits à 16'500 et 25'000 francs hors taxe, selon le «degré d’accompagnement» choisi, avec 3000 francs payables à la signature du mandat et le solde lors de la vente du bien. Du côté de kiiz, le seul forfait disponible est facturé 9500 francs, tout compris (sauf les taxes).
Quelques jours après une deuxième lettre de l’avocate de kiiz, assortie d’un nouveau délai, neho a retiré la mention «Meilleure offre du marché». «Nous comprenons la démarche de kiiz, qui fait partie de la vie d’un marché concurrentiel», nous a résumé le directeur marketing de neho, Antoine Chapuis.
Marché en baisse
La société, qui revendique environ 160 collaborateurs en Suisse et un millier de ventes par an, a relevé ses tarifs et réaménagé ses formules, explique-t-il, à la suite de la création d’un service qualité qui veille à ce que chaque vente suive les mêmes standards, et plus globalement avec l’enrichissement de ses prestations.
Ce petit épisode de tension intervient dans un marché plutôt orienté à la baisse. Des chiffres officiels n’existent pas au niveau fédéral, mais l’évolution des ventes est suivie par des spécialistes comme la plateforme RealAdvisor. Elle a fait état jeudi d’un peu plus de 40'000 transactions conclues en 2025, soit un peu plus qu’en 2024 et 2023, mais toujours en deçà de la moyenne sur dix ans, qui atteint 50 000.
Analysant le marché sous l’angle des hypothèques, le courtier Resolve relève une baisse de 4,2% du nombre de transactions au troisième trimestre sur un an, après un recul de 6,6% au trimestre précédent. La société mentionne un attentisme des ménages lié au contexte économique: les acquéreurs potentiels peinent à trouver des objets correspondant à leurs critères dans un marché sous tension, ou restent locataires plus longtemps, attendant une fenêtre de taux plus favorable.
Quant à nos interlocuteurs, neho mentionne une hausse du nombre de ses transactions, tandis que kiiz affirme que son chiffre d’affaires a progressé de 40% en moyenne ces trois dernières années.
Cet article a paru dans la version online du journal Le Temps le 25 octobre, puis dans la version print le lundi 26 octobre.